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L’Ecole du Sacrifice

mercredi 4 mars 2009, par François JARRAUD

Sous le titre "la phobie de l’échec scolaire", la tribune de Nathalie Bulle, publiée dans Libération il y a quelques jours, suscite de nombreuses réactions sur les listes de diffusion des enseignants. L’auteur, qui vient de publier un ouvrage prônant le retour à l’enseignement traditionnel, dénonce une réforme de la formation des maîtres qui passerait, selon elle, "d’une logique de recrutement « disciplinaire » à une logique « professionnelle »".

Aucun argument n’appuie cette thèse qui semble bien aventurée puisque la formation professionnelle était au contraire largement amputée dans le projet de départ. Les promesses gouvernementales de la renforcer sont encore bien floues. Tout au plus cette tribune témoigne-t-elle de la crispation de certains milieux conservateurs qui craignent de leur voir échapper partiellement cette réforme.

Plus intéressants sont les arguments avancés par Nathalie Bulle, qui se présente comme sociologue, pour justifier une formation strictement disciplinaire des enseignants.

Pour s’attaquer aux partisans de la professionnalisation, elle croit bon de dénigrer le modèle finlandais, il est vrai mis en avant par ses adversaires. Et pour cela il faut détruire l’enquête internationale Pisa. Ainsi elle écrit : "Pisa n’évalue pas, en mathématiques par exemple, des habiletés scientifiques à proprement parler. L’enquête se limite à ce que l’OCDE juge essentiel pour la vie ordinaire de tout citoyen". Voilà deux affirmations qu’elle se garde de justifier. Si l’OCDE est bien l’organisme qui finance et publie les résultats de Pisa, la construction des tests est réalisée par un large panel de spécialistes de l’évaluation de l’éducation, indépendants de l’OCDE.

Un autre argument est utilisé contre Pisa et le clan pédagogue. "Si l’on considère l’enquête Pisa où les résultats des élèves finlandais se distinguent depuis sa création en 2000, il apparaît que la différence globale observée entre la France et la Finlande disparaîtrait si l’on mettait de côté, en France, les 10 % de jeunes qui réussissent le moins bien… Toutes les réformes du collège depuis quarante ans ont en effet été conçues pour les 15 % à 20 % d’élèves qui, comme le relevait un inspecteur général de l’Education nationale en 1980, Jean Binon « se trouvent dès la fin du CM2 en situation d’échec scolaire à peu près définitif… On ruine le dispositif d’enseignement pour eux, sans parvenir à ce qu’ils en tirent profit »".

On peut remercier Nathalie Bulle d’afficher avec autant de clarté le fond même de son projet éducatif. Alors qu’elle prétend œuvrer à l’efficacité du système éducatif, elle défend ici le principe de l’exclusion. Effectivement si on élimine de l’Ecole les élèves faibles, c’est-à-dire si on revient à ce qu’était l’Ecole des années 1950, on améliore mathématiquement le niveau moyen des élèves. Et on peut faire l’économie d’une formation des professeurs puisque ceux-ci n’enseigneraient que devant un public ayant peu besoin d’eux.

On mesure les conséquences sociales de ce programme. Ce que défend cette tribune ne relève pas que de la réaction pédagogique mais de la réaction sociale tout court. Ceux qui s’opposent à la professionnalisation de la formation des enseignants visent la destruction du compromis républicain, celui qui fonde notre société.


Article de Nathalie Bulle : "La phobie de l’échec scolaire" (Libération, 26/02/2009) Lire aussi les commentaires des lecteurs.

Voir en ligne : Le Café pédagogique, 3/03/2009

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