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Pédagogie électronique

L’école du Net , par Caroline Brizard

Le Nouvel Observateur, Semaine du jeudi 5 janvier 2006 - n°2148 - Notre époque

jeudi 5 janvier 2006

Le soutien scolaire par internet, ça marche. Et l’Education nationale s’y intéresse de près

Chut, ils travaillent. « Je vais finir la leçon sur les triangles », explique Cédric, 11 ans, un des élèves installés dans la salle informatique du collège ZEP Evariste-Galois, à Nanterre (Hauts-de-Seine). D’un clic, il ouvre son compte perso, tape son mot de passe, sélectionne sur l’écran le cartouche « mathématiques », puis le chapitre choisi. « Quand je réussis un exercice, j’ai vert et je peux continuer. Sinon, j’ai rouge, il faut que je recommence. Ou je demande de l’aide »... à l’ordinateur. L’an passé, Cédric détestait les maths, mais cette année, grâce à internet, il adore. A sa droite, Samuel doit reconnaître des noms propres dans un texte sur les Hébreux. Amina fait du français. Une douzaine d’enfants au total. Nicolas Gallet, le prof de maths, ex-ingénieur passionné de pédagogie, passe dans les rangs, s’arrête pour donner un coup de main. « Ce logiciel propose du soutien personnalisé particulièrement efficace pour les moins bons, qui peuvent aller à leur rythme, seuls devant leur écran. Là, ils n’ont pas peur de se tromper, alors qu’en classe ils n’osent pas prendre la parole. »

Après les Etats-Unis, la Finlande, le Royaume-Uni, la France aborde à petits pas la pédagogie par internet. Depuis un an, les éditeurs de logiciels pédagogiques se sont regroupés pour offrir un portail unique aux usagers (1). Parmi tous ceux qui proposent du soutien scolaire, Paraschool, adopté par ce collège de Nanterre, est de loin le leader du marché (voir encadré).« Nous nous inspirons de la pédagogie Freinet pour rendre l’élève le plus actif possible », explique Jean-Eric Lucas, le président. Le logiciel est gai, interactif, réactif. L’élève peut poser des questions à un tuteur, qui lui répond en ligne. « Nous améliorons sans cesse l’outil en ne conservant que les parcours d’apprentissage qui se révèlent efficaces, explique Daniel Lebret, un ancien syndicaliste du primaire qui a rejoint l’équipe de Paraschool. Si les enfants échouent trop souvent à un exercice, c’est qu’il n’est pas bon. »

« Je l’utilise quand je n’ai pas compris quelque chose pendant le cours ou quand je veux faire des exercices pour m’entraîner » : Jenny, 19 ans, fait un BEP d’électronique dans l’Aisne. Elle va deux ou trois fois par semaine sur Paraschool. Le logiciel permet aussi à son professeur de maths de suivre ses séances... Juliette, 12 ans, a été inscrite par ses parents : il n’y a pas d’internet dans son collège de l’Essonne. Son point faible, c’est l’orthographe. « Paraschool nous coûte 16 euros par mois, c’est moins cher que des petits cours et elle peut travailler autant qu’elle veut », dit sa mère, qui rentre tard le soir. « L’ordi me corrige en direct. C’est plutôt amusant », explique la petite fille. « Pendant ce temps, elle n’est pas sur MSN à écrire en phonétique, se réjouit sa mère. Et toutes les semaines je reçois un compte rendu du travail fait, des conseils sur la méthode à suivre. » Il y a quelques jours, le bulletin du premier trimestre est arrivé ; il y avait un réel mieux du côté du français.

L’avenir du soutien scolaire passerait-il par le Net ? En tout cas, l’Education nationale prend l’hypothèse au sérieux. En septembre dernier, une enquête réalisée en Moselle auprès d’un millier d’élèves de 6e dans sept collèges du département abonnés à Paraschool a montré que cette aide numérique est efficace pour les élèves les plus faibles. Ceux qui l’ont utilisée une heure ou plus par semaine ont progressé d’au moins 30% en français, d’au moins 45% en maths (contre respectivement 23% et 36% pour les non-utilisateurs), et d’autant plus qu’ils étaient encadrés par un professeur qui leur avait établi un « planning de travail » personnalisé. « C’est spectaculaire, mais pas miraculeux : pour qu’il soit efficace, cet outil nécessite un grand investissement de l’enseignant », explique Jeannie Hodin, qui a mené l’enquête. La recherche continue. « Mais aucune machine ne peut remplacer le contact humain, rappelle Moha-med Zoudhi, professeur de maths-sciences dans un lycée professionnel de Seine-Saint-Denis, qui utilise l’outil pendant les permanences. De mon écran, je contrôle le travail de chaque élève, ce qui permet de s’occuper de ceux qui peinent le plus sans pour autant freiner les autres. » Et de remotiver tout le monde. Il y a quelques mois, le SNES, principal syndicat des enseignants du secondaire, pestait contre les officines privées de soutien scolaire, accusées de capter le marché de l’échec. « Il faut réintégrer le soutien scolaire à l’école », réclamaient-ils. Avec internet, l’occasion semble trouvée. Si les professeurs jouent le jeu.

Caroline Brizard

(1) CNS (Canal numérique des Savoirs) et KNE (Kiosque numérique de l’Education).

250 000 élèves en ligne

Trois jeunes diplômés de grandes écoles, aidés par l’Anvar (Agence nationale de Valorisation de la Recherche) et l’Inria (Institut national de Recherche en Informatique et en Automatique), ont lancé Paraschool en 2000. La société, qui compte une quinzaine de salariés et fait travailler environ 150 auteurs, tous enseignants de l’Education nationale, réalise un chiffre d’affaires de 1,5 million d’euros. Elle assure l’assistance scolaire en ligne dans plus de 700 établissements scolaires. 250 000 élèves l’utilisent quotidiennement.

Caroline Brizard

Voir en ligne : Le Nouvel Observateur, Semaine du jeudi 5 janvier 2006

P.-S.

Privatisation rampante. Connaissez-vous Paraschool ? (Le Mammouth déchaîné)

Màj : 1/06/2009

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