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Journal intime d’un enseignant. Lundi 20 août 2012. Par Babeth WELTER

dimanche 30 novembre 2008

Journal intime d’un enseignant

Lundi 20 août 2012

Aujourd’hui n’est pas un jour comme les autres. C’est ma dernière rentrée. Du moins je l’espère : si mon salaire ne diminue pas encore cette année.

Lundi 20 août ! Ils nous auront encore grappillé trois jours cette année. On ne pourra bientôt plus les appeler les grandes vacances. Et pourquoi se gêneraient-ils ? Personne ne conteste !

Mes élèves font un semblant de rang par deux avant de rentrer en classe. Là, je m’aperçois que ma salle est pleine à craquer. Je me demande si cette année encore j’aurai le courage de tenir jusqu’au 13 juillet. Mais une absence pour raison de santé aurait immédiatement des conséquences sur ma note. C’est vrai que depuis que le chef de l’établissement recrute les enseignants sur l’école et nous note, beaucoup de choses ont changées. Ce brave Robert ! Je pensais qu’on était des amis au temps où il n’était que directeur, mais nos relations ont brusquement évolué quand il est passé chef d’établissement et qu’il m’a demandé de le vouvoyer…

Cette année, une classe a encore fermé dans l’école, mais personne n’a rien dit lorsqu’on a appris que l’on devrait enseigner à 38 élèves par classe en moyenne.

Il n’y a plus qu’un vieux briscard comme moi que cela choque encore. Les jeunes, eux se sont habitués et trouvent ça presque normal.

De retour à la réalité, je demande aux enfants qui ont des handicaps de venir s’installer dans les premières rangées. J’en aide deux qui ne peuvent se déplacer seuls, car depuis 3 ans ils n’ont plus d’AVS.

Depuis la disparition des « clin », « clis » et des classes d’adaptation, on intègre tous les enfants du plus petit handicap au plus lourd.

En voyant ces trente-huit paires d’yeux, je me dis que pour ma quarante-cinquième et dernière année, je ne suis pas gâté. Je devrais être en retraite depuis trois ans mais les pensions indexées sur la bourse ont tellement diminué que j’ai dû repousser sans cesse.

Des cris d’enfants me ramènent à mes nouveaux élèves. Le répit aura été de courte durée.

Et d’ailleurs comment en serait-il autrement depuis que dans l’école publique ne viennent plus que les déshérités, les enfants en difficulté. Les autres, ceux qui font augmenter la courbe du taux de réussite sont dans le privé. L’obligation de publier sur le site Internet des écoles les résultats des établissements a fait fuir les parents aisés. Le problème est que nous sommes payés en fonction de ces résultats et dans notre école, or ils sont faibles ! D’où un petit salaire que je complète par quelques extras les samedis soirs dans le resto de mon village.

Je fouille dans ma mémoire pour retrouver le moment où tout a basculé.

C’était il y a quelques années, quand l’école maternelle a commencé à être remplacée par des jardins d’éveil… on se mobilisait sous des bannières qui parvenaient encore à fédérer, et les syndicats bataillaient ferme pour défendre l’Ecole et la profession.

Malheureusement, ils ont peu à peu perdu du terrain, sont devenus bien peu représentatifs, surtout en 2010 quand les CAPD ont été supprimées. Quand j’appelle mon délégué syndical, il a beaucoup de mal à me répondre, parce qu’il est en classe toute la semaine. Ses 41 élèves sont vraiment trop agités quand il est au téléphone !

L’autre jour, pendant la récré, il a réussi à me dire que, comme en Italie, l’Ecole va devenir payante pour tous. J’ai quand même peine à le croire… Est-ce vraiment possible ?

P.-S.

Ce récit, vous l’avez compris, relève encore de la fiction… mais pour combien de temps ?

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