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BERRY Michel, DESHAYES Christophe, Les vrais révolutionnaires du numérique

Editions Autrement, Collection : Frontières, 2010, 162 p., 19 €

mercredi 31 mars 2010, par Antoine MICHELOT

Présentation de l’éditeur :

Loin des patrons de start-up ou des gourous du high-tech, trop souvent présentés comme les acteurs ou experts d’une révolution réduite à l’Internet et au mobile, ce livre plonge le lecteur dans un monde où les révolutionnaires sont des citoyens ordinaires, de tous âges, toutes confessions, toutes origines sociales. Ils sont mus par des motivations variées, parfois inattendues, voire loufoques, souvent peu durables, mais capables de changer les choses et peut-être le monde ! Sous l’effet de la mise en réseau, l’action, même isolée, devient contagieuse, entraîne d’autres motivations et ainsi de suite. Observateurs reconnus des transformations de la société, les deux auteurs donnent ainsi à voir la vraie nature de la révolution numérique, davantage sociale et culturelle que technologique : musique, jeu, ville, éducation, militantisme, entreprise... ce sont les acteurs de cette révolution qui témoignent. C’est une révolution inhabituelle car elle est menée, une fois n’est pas coutume, sans effusion de sang, par une cohorte de volontaires sans chef ni idéologie, de manière ludique et joyeuse, sans espoirs déraisonnables et sans engagement durable. Une révolution qui se déroule simultanément et partout dans le monde... Un livre à mettre entre toutes les mains, qui propose un voyage palpitant dans la société de demain, en compagnie d’acteurs de terrain de cette transformation : les vrais révolutionnaires du numérique. Il est complété par un site internet aux nombreux liens, belvédère idéal pour observer avec un peu de hauteur cette révolution joyeuse : www.revolutionnairesdunumerique.com

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Les vrais révolutionnaires du numérique


Point de vue :

La subversion numérique, par Michel Berry et Christophe Deshayes, LEMONDE.FR | 30.03.10

Les élites aiment les NTIC (nouvelles technologies de l’information et de la communication), mais surtout pour les autres. Elles peinent en effet à gérer leurs mails surabondants et leurs communications téléphoniques, et n’ont guère le temps de surfer. Pour elles, les NTIC créent de l’activité économique et développent l’efficacité à un moment où l’économie est atone, et elles occupent les gens désœuvrés. L’opium moderne du peuple, en somme. Ainsi, elles ne soupçonnent pas les usages que peuvent en faire ceux qui disposent de temps et sont en mal de reconnaissance…

L’OPIUM DU PEUPLE ?...

Le "peuple" se saisit effectivement de ce nouvel outil. Au départ pour des activés éducatives, conviviales ou ludiques : lire les journaux on line, préparer des voyages, faire des achats ; échanger avec des proches ; et jouer quel que soit leur âge.

Les jeux prennent une place importante dans la société numérique. Ils rapportent davantage que les ventes de places de cinéma et de nombreux jeux instructifs jouent un rôle central dans la vie quotidienne, y compris dans le milieu professionnel. Ces amusements deviennent sérieux, comme le montre l’engouement pour les serious games.

Mais les NTIC peuvent aussi permettre d’exister socialement à des personnes en déficit de reconnaissance. C’est ce que découvrent des retraités, des chômeurs, des "ménagères de moins de 50 ans", des jeunes à la recherche de leur identité, etc.

... OU LA FACILITATION DE CONTRE-POUVOIRS ?

Que des personnes utilisent leur temps libre pour corriger sur Wikipédia les fautes d’autrui peut sembler mystérieux. Si l’on ajoute que Wikipédia vient de lever 7,5 millions de dollars (5,5 milliards d’euros) de dons auprès de certains de ses lecteurs, et surtout de ses contributeurs, on peut se demander si l’on ne vient pas de découvrir une nouvelle secte ou un nouveau mode de production de valeur. Raillé à ses débuts, notamment de la part des professionnels qui ne rient plus aujourd’hui, Wikipédia a montré que la masse des gens "ordinaires" peut, lorsqu’elle est intelligemment agrégée, se sublimer et contribuer efficacement à la diffusion des connaissances.

Quand le régulateur de vitesse de la Laguna a été accusé de se bloquer, des forums de passionnés, dont nombre d’anciens de l’automobile, se sont constitués pour étudier l’affaire. Certains ont même cherché à reconstituer les circonstances de la panne en roulant à des vitesses prohibées sur autoroute. Ils ont constitué un dossier dont Renault aurait pu tirer parti pour recouper ses investigations. Ou encore, après l’accident du vol Rio-Paris, des forums, auxquels participent d’anciens pilotes, constituent des dossiers impressionnants. Les participants n’ont pas toutes les informations des enquêteurs, encore qu’on trouve beaucoup de choses sur l’Internet, mais ils sont plus libres de leurs mouvements et de leurs paroles que les enquêteurs qui doivent composer avec la justice1. La communication officielle va donc être sous contrôle.

Le Réseau éducation sans frontières s’occupe de l’accompagnement de personnes dites sans papiers avec une organisation en réseau sans chef, sans organigramme ni structure juridique, sans moyens, mais en utilisant les technologies du numérique d’une façon qui lui donne une rapidité et une souplesse d’action stupéfiantes.

Ingénieusement utilisées, les NTIC, comme on l’a d’ailleurs vu pour l’usage de Twitter en Iran, peuvent se transformer en puissants outils de contre-pouvoir.

UNE RÉVOLUTION INVISIBLE ?

La compétence en NTIC s’acquiert finalement rapidement pour ceux qui ont du temps et la motivation. Or les marginalisés de la guerre économique ont du temps et de la motivation. Ils s’immiscent ainsi, par des démarches collaboratives d’un genre nouveau, dans tous les domaines de la vie sociale.

L’Etat s’inquiète déjà d’essayer de canaliser cette révolution. Mais comment faire ? Elle ne s’affiche pas réellement car elle n’en possède aucun des attributs classiques : aucune violence de masse perpétrée, aucune idéologie apparente, nul penseur emblématique à sa tête, une cohorte improbable et hétérogène d’acteurs issus de la société civile conscients des enjeux de leur action, mais ne nourrissant aucun espoir déraisonné, le tout s’opérant dans une ambiance plutôt ludique. Même le gouvernement chinois semble de plus en plus à la peine. Bref, une révolution joyeuse qui, contrairement aux autres, ne mange pas ses enfants. Une première dans l’Histoire !

Michel Berry (Ecole de Paris du management) et Christophe Deshayes (Documental) viennent de publier "Les Vrais Révolutionnaires du numérique", éditions Autrement, mars 2010.

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