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Le Musée National de l’Education de Rouen risque de disparaître Impossible de savoir si c’est une décision ou une simple inquiétude. Par Michel BARRÉ

samedi 2 octobre 2010

La presse locale de Rouen alerte de la possible disparition du Musée National de l’Education qui vient à peine de quitter ses anciens locaux d’archives et de recherche, devenus trop exigus et trop vétustes, pour emménager dans des locaux rénovés avec une somme de 6 millions d’euros, payés à égalité par la région Haute-Normandie et l’INRP. Les élus locaux et le personnel sont indignés d’apprendre cette éventualité, sans la moindre prévision ni la moindre concertation.

Le projet serait de fondre l’INRP (dont le siège, qui se trouvait auparavant à Paris, a été transféré à Lyon) avec l’Ecole Normale Supérieure de Lyon, dans le but non avoué de noyer la recherche pédagogique. Début 86, Chevènement (partisan « de gauche » du retour à la tradition) l’avait tenté, mais le ministre de droite qui l’avait remplacé avait d’autres priorités, notamment en faveur de l’enseignement privé.

On savait déjà que le mot « pédagogie » est devenu obscène en matière d’enseignement. Le Bac + 5 ou 6 est l’unique garantie de compétence, la formation pédagogique est supprimée. Le mot « pédagogie » est réservé désormais à la politique pour faire admettre, à ceux qui renâclent, des décisions venues d’en-haut. L’étymologie suffit à comprendre qu’on les prend alors pour des enfants (du grec pedos).

Un peu d’histoire n’est pas inutile pour comprendre l’existence de ce Musée National de l’Education. Celui-ci avait été créé à Paris, à la fin du XIXe siècle par Jules Ferry, sous le nom de Musée Pédagogique, rue d’Ulm, à côté de la célèbre et alors unique Ecole Normale Supérieure. Louis Cros, quand il en devint le directeur en 1949, le dénomma Institut Pédagogie National pour ne pas l’orienter seulement sur le passé. En 69, le ministère sépara la recherche pédagogique (INRP) de la documentation (CNDP, avec ses filiales régionales et départementales). Quand Francine Best devint en 82 directrice de l’INRP, elle voulut amplifier le regard vers l’avenir par rapport au passé. C’est ainsi qu’elle me demanda de créer un fonds d’archives sur l’éducation nouvelle et notamment sur Freinet au Musée Nationale de l’Education de Rouen.

Pourquoi être passé de Paris à Rouen ? C’est la rencontre de plusieurs problèmes : - 1) A Paris, l’INRP de la rue d’Ulm était submergé d’archives et il n’était pas question d’agrandir les locaux coincés par l’Ecole Normale Supérieure - 2) La ville de Rouen devait sauver l’une de ses plus anciennes maisons, rue Eau-de-Robec, et ne pouvait y engloutir une fortune sans perspective d’utilisation – 3) Le directeur du CRDP de Rouen avait sauvegardé des mobiliers scolaires et documents anciens lors de la fermeture d’écoles rurales de la région, mais ne savait plus où les entreposer.

Au début des années 80, les responsables de chaque institution se rencontrèrent pour rassembler le tout : le Musée National de l’Education qui pourrait organiser, dans l’ancienne maison restaurée, de plus grandes expositions que dans les vitrines de la rue d’Ulm. L’achat, à Mont-Saint-Aignan (récemment siège de l’université de Rouen), d’une petite ferme, dont tous les terrains agricoles avaient été construits, permettrait d’entreposer les matériels encombrants dans un petit hangar, les archives et les bureaux de travail dans un autre hangar réaménagé, enfin, les archives fragiles dans l’ancienne petite habitation de ferme restaurée. C’est là que je vins en 1985 créer un fonds d’archives sur Freinet, sa pédagogie et son mouvement, ce qui me permis de sauvegarder des documents précieux lors de la liquidation de la CEL (déjà en dépôt de bilan lors de mon départ) et j’ajoute que les archives départementales de Nice ne voulaient pas accueillir durablement ce fonds copieux. Avec les dons ou prêts d’autres camarades, je pus en 87 créer, sur les trois étages du Musée de Rouen, la première grande exposition sur Freinet.

Déjà à l’époque, les archives, baptisées ressources, s’entassaient dans les locaux et il avait fallu peu à peu les disperser dans d’autres lieux. Plusieurs solutions furent recherchées, puis abandonnées, jusqu’au réaménagement, à partir de 2008, de l’ancienne école d’ingénieurs agronomes, transférée près des universités. Les travaux se sont terminés cet été et le transfert des ressources (900 000 documents divers) est en cours. Côté pédagogie Freinet, en plus du matériel pédagogique et de documents utilisés pour ma biographie, le fonds contient la plus grande collection de journaux scolaires de toutes époques, de nombreuses peintures d’enfants.

L’absence d’autonomie de l’INRP risquerait fort d’entraîner la mise en question du Musée avec ses ressources diverses, trop peu rentable pour vivre en indépendance. Il ne s’agit pas seulement d’un problème d’éducation nationale, mais de sauvegarde du patrimoine (dont la pièce la plus rare est sans doute le texte écrit dans la prison du Temple, par le jeune Louis XVII sous la dictée de son père, en l’absence de tout précepteur).

Je crois qu’il faut se battre auprès de tous les ministres pour la sauvegarde du Musée National de l’Education, richesse culturelle inaliénable.

Michel Barré

Voir en ligne : Site de Michel Barré

1 Message

  • Depuis l’annexion de l’INRP à l’Ecole Normale Supérieure de Lyon,
    avec la volonté non affichée de le faire disparaître, les responsables du
    MNE onr été avisés qu’à partir de la fin décembre 2010, le musée ne
    dépendra plus de l’INRP, sans que l’administration précise de qui il
    dépendra désormais. Le pire est désormais à craindre.
    Il paraît urgent d’intervenir auprès du Ministère de la Culture pour
    éviter la disparition à terme de ce patrimoine important de l’éducation.

    Michel Barré

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